15.10.2010
Repenser l'activité humaine
Je reviens sur mon article d’hier qui concernait la réflexion autour du droit des jeunes à sortir dans la rue pour manifester contre la Réforme des retraites.
J’en ai profité pour faire une incise importante sur comment je voyais l’avenir du travail d’ici les vingt prochaines années et pourquoi je considérais que la réflexion sur la retraite était un débat dépassé du seul fait de la transformation importante de nos sociétés post-capitalistes.
Dans tous les pays d’Europe, la social-démocratie s’est coupée en deux. Sauf en France. C’est la raison pour laquelle un Centre peine à voir le jour dans ce pays, tant le Parti Socialiste constitue un obstacle à une modernisation et à une redéfinition du paysage politique français.
En ce qui concerne le néo-capitalisme revenons brièvement sur ce qui le fonde idéologiquement :
Tout l’Occident, américain et européen, a vécu très longtemps avec l’idée que le progrès technique et industriel ferait baisser les inégalités. De fait, c’était vrai jusqu’au premier choc pétrolier.
Tout le monde en acceptait l’idée jusqu’au jour où une nouvelle théorie a surgit, à la faveur de la mondialisation des échanges, de l’effondrement du système soviétique et de l’essor d’une économie financière de troisième type dont on n’a pas saisie sur le moment, la vraie nature : Le travail est devenue une variable d’ajustement et le pacte social qui reposait jusqu’alors sur le compromis entre le capital et le travail s’est trouvé caduc. Car dans la mondialisation, le capital n’a plus besoin de passer de compromis avec le travail, puisque ce dernier s’est dématérialisé et qu’il peut délocaliser la main d’œuvre comme il le souhaite et cela, en dépit de toutes les arguties passées et futures d’Olivier Besancenot.
Une partie de la droite libérale a conféré à cette nouvelle donne économique, l’attribut de meilleur moteur du progrès de la société. Ce fut les années reaganiennes. Dès lors, tout a été bâti et repensé pour que les inégalités s’accroissent alors que nous étions jusqu’ici dans un monde ou le système de redistribution était permanent.
La crise des subprimes a été le révélateur de ce phénomène et le plus voyant. On a enfin eu la preuve que cette nouvelle économie ne reposait que sur du vent. Après la faillite enchaîne d’un million de ménages américains touchés par la crise immobilière, à leur tour les état-nations se sont endettés et se sont fragilisés.
L’une des conséquences immédiate a été une plongée des dettes publiques, le déséquilibre financier des budgets nationaux et la recherche d’économie à tout prix dans les domaines de la santé et de l’éducation. Il n’y a plus eu d’impôt redistributif pour équilibrer les budgets et on a cessé de prélever à la transmission des générations, des droits de succession. A présent, les inégalités se transmettent à nouveau, entre les générations.
En dépit de cette situation, la social-démocratie n’a pas réussi à reprendre le leardership et à réimposer des règles. Au contraire, on observe qu’elle échoue partout où elle se trouve au pouvoir. Les raisons à cette érosion sont connues et plus ou moins admises par tous.
La démocratie est malade. L’argent, le profit sont les maîtres-mots d’une société qui a proclamée la mort des idéologies et ne se rend même pas compte que dépourvue de pensée, elle va à la dérive. En accordant trop peu d’attention aux choix économiques et à la chose politique, le grand public a cautionné un « économisme » qui tant sur le plan national, européen, comme à l’échelle planétaire, à subordonner l’être humain à de prétendus impératifs qui le chosifient, le marchandisent, le déshumanisent.
Le langage de la social-démocratie reposait sur une grammaire sociale particulière faite d’antagonismes qu’elle essayait de réconcilier : le patron et l’ouvrier, le travail et le capital. La notion de lutte des classes était son carburant. Les syndicats étaient forts et bien implantés. Tout était basé sur une économie réelle qui avait pour fondement la valeur travail.
Avec l’avènement de l’économie virtuelle, la social-démocratie a perdu ses repères en même temps qu’elle perdait sa justification historique.
L’économie virtuelle et financière fonctionnent à la vitesse de la lumière et prennent toujours de court le politique dans son action.
Nous assistons impuissant à un véritable décalage entre le poids des banquiers et l’inexistence d’un pouvoir politique mondial. Et il est évident que nous n’avons pas les structures politiques nécessaires qui permettraient de contrôler des acteurs économiques majeurs comme ceux qui provoquent les bulles financières. Il n’existe aucune régulation politique, ni de gouvernance à l’échelle mondiale qui seraient les seules capables de frapper du poing sur la table - c’est la raison pour laquelle je suis européen, partisan d’une Europe intégrée, et au-delà, d’une communauté internationale soudée. Mais je confesse le caractère utopique actuellement de cette dimension –
Une fois ce constat établit, il faut tout de même envisager l’avenir. Deux tendances apparaissent.
La première est le retour de l’identitaire qui va de pair avec le recul de la laïcité. Cela se traduit par le rejet de l’autre, la montée de l’intolérance dans tous les pays occidentaux. Cette forme de populisme réactionnaire fondée sur la race ou la religion, a déjà provoqué à maintes reprises des tensions et des violences en plusieurs points de la planète.
Elle montre le bout de son nez jusqu’à chez nous à la faveur de politiques peu scrupuleux qui a des fins électoralistes agitent ces forces maléfiques en provoquant au cœur de notre société de prétendus débats qu’ils créent artificiellement.
La deuxième tendance est porteuse d’espoir. Elle est représentée par la nouvelle économie de l’information et incarnée par des individus autonomes, derniers avatars de la nouvelle médiasphère qu’incarne Internet.
Elle a pour projet une économie libérale et horizontale (et non plus verticale). Une économie qui se moque des hiérarchies et qui fera de chaque citoyen, une personne libérée dans sa créativité novatrice dès lors qu’elle souhaitera s’investir et participer à la marche du siècle.
C’est ce que j’ai soulevé dans mon article d’hier lorsque je disais que le débat sur les retraites me paraissait dépassé tant je pensais que l’activité humaine allait être marquée par de profonds bouleversements dès la prochaine décennie.
L’économie numérique va imposer un nouveau type d’échanges qui plaidera pour un individu devenu autonome et anonyme, perdu dans la ramification tentaculaire de millions de réseaux connectés entre eux.
Les individus autonomes n’ont pas l’intention de détruire la société, mais aspirent au contraire à la réformer, à la transformer de manière créative.
Ils n’appartiennent pas forcément aux sphères dirigeantes, mais les critiquent et protestent lorsqu’ils le jugent nécessaire, à travers les réseaux sociaux contre certaines mesures prisent par elle.
Aussi longtemps qu’on admettra que gouverner la société et qu’autorité morale vont de pair avec l’autorité politique et sociale, ces personnes-là auront un rôle à tenir dans le jeu démocratique et accroitront leur influence.
Aujourd’hui des jeunes manifestent et s’invitent à un débat qui sera dépassé dans un demi-siècle.
Sans qu’ils en soient véritablement conscients, l’économie du savoir et de l’information sont les deux principaux atouts qu’ils ont entre leurs mains pour éviter le côté obscur des différentes forces qui menacent à nouveau les démocraties. Ils inventent chaque jour sous nos yeux, les futurs échanges économiques humains d’un nouveau siècle qui se dessine progressivement.
08:32 Publié dans 02 Développement Durable, 03 Politique en France, 04 Politique internationale, 06 Tribunes Libres, 07 Société, 08 Débat, 09 Economie, 13 Communication, 14 Les Nouvelles Technologies, Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie numérique, web society, internet, économie solidaire, société, blog politique, voguehaleine, jean-pierre bozzonne








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Commentaires
Je partage l'analyse. La première tendance est une réaction "épidermique" devant l'inconnu crée par les crises actuelles, un réflexe pour trouver un bouc émissaire facile. Le seconde tendance annonce le travail en réseau. Je crois surtout qu'il faut trouver le juste équilibre dans l'économie réelle entre liberté d'entreprendre (faire confiance au progrès technologique et humain) et rapport humain au travail ; meilleure redistribution de la valeur ajouté (salaire mini et maxi), conditions de travail, partage de l'information, ...
Écrit par : atlantic | 16.10.2010
Bonjour,
Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.
La Page No-3, ACTIVITÉ HUMAINE !
LE HASARD CONDUIT NOS ACTIONS ? C'EST MATHS ?
Cordialement
Clovis Simard
Écrit par : clovis simard | 08.01.2011
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