25.05.2009
Suzan Boyle dans la société du spectacle
J’adore ces histoires modernes que seule la société du spectacle est capable de produire.
L’apparition de Suzan Boyle dans une civilisation occidentale qui s’apprête à tourner définitivement la page des valeurs humanistes qui furent les siennes au cours des deux derniers siècles, arrivent comme la vague mourante de qualités qui n’existent déjà plus.
J’imagine avec effroi ce qu’aurait été les dix dernières années de la grande Piaf, si celles-ci s’étaient déroulées aujourd’hui. Elle aurait fait la une de CHOC ou de VOICI, serait passée chez Ruquier, se serait faite déglinguée par la presse. Aurait bouffé chez Ardisson sous l’œil d’une caméra mannequin et la présence de quelques invités interlopes.
Et hop, le mythe aurait disparu de lui-même. On l’aurait trouvé stupide, défoncée, laide et mal habillée. On aurait rit de ses amants jouant à la chaise musicale devant un presque cadavre pour obtenir, entre deux rails de coke, ses dernières faveurs et récolter un hypothétique jackpot.
Mais Suzan Boyle chante merveilleusement bien. Cette écossaise qui s’avoue vierge et ne possède qu’un chat pour tout compagnon est le miracle d’une société de spectacle qui ne peut produire ce genre de phénomène qu’une seule fois. Un petit poisson passé entre les mailles de son filet.
Bien sûr, il y aura dans les prochaines semaines, sur la planète entière vouée au spectacle médiatique, des dizaines de Suzan Boyle qui vont apparaître, comme un nouveau filon.
Mais ils ou elles ne seront plus authentiques. Ce seront les déclinaisons Warholienne d’un petit miracle qui se sera produit une seule fois, au détour d’un télé-crochet qui tombera lui-même dans l’oubli.
JPB
17.05.2009
Prière de crever en silence
Vendredi 15 mai 2009, à partir de 18 h, les Enfants de Don Quichotte ont installé un campement de citoyens solidaires sous le pont de Solferino (ainsi que dans plusieurs villes françaises), afin de mettre le gouvernement devant ses responsabilités face à la crise du logement !
Le commissaire avait informé que le campement serait toléré au moins pour 3 jours : quelques SDF, bénévoles et citoyens se sont installés dans les tentes.
Les forces de l'ordre sont venues déloger les résidents du campement de force vers 22h30, par surprise !
Les Enfants de Don Quichotte ont tenté de résister pacifiquement mais trop peu nombreux et effrayés par leur violence, le campement n'a tenu qu'une vingtaine de minutes face aux forces de l'ordre, laissant derrière une trentaine de personnes à la rue qui comptaient sur les tentes et qui ont perdu toutes leur affaires lors de l'évacuation ! La presse a été empêchée de filmer l'évacuation et donc de faire son travail !
Nous sommes tous des citoyens qui ne peuvent continuer à regarder la misère devant nous sans agir et qui exigent que l'état tienne ses promesses : donner aux plus démunis ce a quoi tout le monde a droit : des conditions de vie descente !!!
20:30 Publié dans 10 Politique Sociale | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sdf, don quichotte, politique sociale, blog politique, voguehaleine
14.05.2009
François chez Laurent, très bien accueilli
Je le reconnais. Ca m’est très difficile en ce moment de poster quelque chose. Les mots ne sortent pas.
Pourtant l’actualité n’est pas mauvaise fille. Il y a de quoi commenter.
Moi qui suis plutôt réactif à l’actualité et proactif dans ma vie politique, je ne me reconnais pas bien ces temps-ci.
Il y a cette campagne qui me prend beaucoup d’énergie. Et puis le reste. Des choses plus personnelles qu’il me faut gérer.
Dans ces moments-là, j’ai une vision des évènements beaucoup plus sévère qu’à l’habitude. Alors je m’autocensure.
Un exemple. Je m’attendais bien à ce que le club MODEM Facebook (qui regroupent bon nombre de mes amis et contacts) se gargarisent et félicitent, dès son départ du plateau de chez Ruquier, François Bayrou. Tout le monde se réjouissant de ses réparties et de la force de son aura. Il eut fallu sans doute que ma voix entonne le même air et s’en félicite à son tour.
Et bien je n’avais pas trouvé qu’il fut si bon que cela, François Bayrou. Ce n’est pas qu’il fut mauvais non plus, loin s’en faut ; mais j’ai eu comme l’impression que mon écran de télévision était déréglé.
Cette émission Barnum avait quelque chose de différent ce soir-là (quand je vous dis que lorsque je ne vais pas, je suis tenté par la critique systématique, vous me croyez maintenant !).
1/ D'abord, Tête-de-cul (c’est ainsi que je nomme Laurent Ruquier depuis des années) avait pris soin d’écarter le pire de ses snippers : le-petit-chose-extrémiste n’était pas là! Malade, en vacances ou agressé par une bande Rappers rancuniers ? On n’en su pas plus.
2/ Toujours est-il qu’on l’avait remplacé par une vraie journaliste qui n’était pas loin de penser que du bien du président du MODEM à quelques détails près, qu’elle se faisait fort de gommer, en faisant amende honorable, au fur et à mesure que le leader de Mouvement Démocrate la remettait en place par un contre exemple.
3/ Tête de Cul était plutôt amène, lui aussi. On le sait de gauche. Son attitude pouvait encore se comprendre. Mais on le sentait trop vite enclin à dire tout le bien qu’il pensait de ce livre sans les petits pics habituelles servant à réactiver les deux Cerbères de service. Il en faisait trop ou pas assez pour respecter l’équilibre qu’habituellement, il tenait tant.
4/ Mais la plus étonnante, fut l’attitude d'Eric Nolleau. Absolument méconnaissable. Le Marcassin s’était transformé en exégète pour l’occasion. De fausses questions en d’utiles remarques, il fit un véritable plaidoyer du livre de François Bayrou en concédant toutefois que seul le titre l’avait un peu rebuté.
Je parle de fausses questions car elles venaient comme éclairer encore mieux le lecteur sur ce qu’avait voulu exprimer l’auteur du pamphlet, qui se félicitait quant à lui, qu’on eut si bien compris sa pensée profonde.
Oui, Nolleau ce soir-là s’évertuait à jouer les passeurs, s’empressant de prendre le contre-pied d’un lecteur malveillant pour apporter une méthodologie qui permettrait de mieux comprendre ce livre « bien écrit et très agréable à lire » et aider dans la lecture celles et ceux qui seraient passés « à côté » du message.
Si bien que je me demandais si tout ce petit monde avait, comme moi, sa carte au MODEM ?
Puis François Bayrou a quitté le plateau, impérial, arborant un magnifique sourire aux lèvres, détendu et princier. Puis, tout est revenu dans l’ordre.
J’allais même jusqu’à percevoir un petit trouble, chez la petite Mimi Maty, dont on sait les convictions plutôt à droite et enclines à apprécier les crétineries de l’ôte Élyséen.
Je coupais l’image et ne tarda pas à me coucher avec la certitude que France Télévision avait voulu ce soir-là, se payer la tête du Président de la République et peser sur la campagne européenne, comme le fit TF1 dans les campagnes présidentielles et législatives.
Il était là le message subliminal, et pas ailleurs.
JPB
01:20 Publié dans 03 Politique en France | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : on est pas couché, françois bayrou, lavoguehaleineurent ruquier, eric nolleau, voguehaleine, élections européennes, blog politique
07.05.2009
Arrêt sur images, Christophe Ginisty
05.05.2009
La pensée unique ou la liberté de télécharger sans entrave
Moi, je n’ai jamais été pour une musique gratuite. Je sais que derrière, il y a des artistes, de la création, de la culture. Tout ce que j’aime, tout ce qui me semble précieux et pour lequel je suis prêt à me battre.
J’ai téléchargé, comme tout le monde. Lorsque je faisais mon marché sur e.mule, je me foutais pas mal de la santé des Majors de l’industrie musicale. J’avais le sentiment insidieux de voler directement l’artiste lui-même. Point-barre. Jamais je ne me suis demandé si j’allais emmerder Pascal Negre.
Quelques années plutôt, lorsque ce mode d’appropriation n’existait pas encore, jamais je ne m’étais élevé contre le prix d’un CD au rayon de la FNAC, ni même auparavant de celui d’un vinyle.
Le support a toujours été pour moi la source d’une grande joie, la révélation d’un contenu magique qui commençait par le graphisme de la pochette du disque. Ah le piano enneigé de l’album de Even in the quietest moment de Supertramp, la braguette de l’album Sticky fingers des Stones créée par Andy Warhol, la photo du bébé nageur courant après un dollar sur l’album de Nirvana.
Le véritable choc, je l’ai connu et ressenti avec la dématérialisation du support et je suis proche de penser maintenant que c’est la frustration qui a contribué à changer mon mode d’appropriation de la musique. Lorsque celle-ci n’eut plus rien à m’offrir d’autre qu’une suite de 0 et de 1 numérisés sur un support d’alvéoles microscopiques qui n’en finissaient pas d’alterner les creux et les bosses, je n’avais plus rien à attendre d’autre de l’artiste qu’une distanciation. Qu’étaient devenus mes rêves d’enfant, le costard blanc de Mickael Jackson qui posait allongé avec son beau visage lisse et ses boucles brunes sur un album qui allait battre tous les records de vente du monde jamais atteint depuis ?
Personne au fond ne s’est demandé réellement pourquoi les gens allaient de plus en plus voir les artistes sur scène. Moi je sais pourquoi. C’est parce qu’on a besoin de retrouver ce lien charnel, de communication et d’émotion des sens qui se produisaient lorsqu’on sortait de chez le disquaire avec la précieuse pochette. Voilà la principale raison de l’engouement à vouloir faire la queue et applaudir des artistes sur scène. C’est indirectement la dématérialisation du son qui a permit cet enthousiasme.
Chaque fois que je téléchargeais, je savais par contre, que je mettais en péril X ou Y.
Ma prise de conscience, je l’ai réalisée seul. Sans aucun cyber flic derrière moi. Je me savais privilégié, en ce sens que j’avais les moyens de me payer un produit culturel sans avoir à le voler. Alors que d’autres, dans des cités ghettoïsées, n’avaient pas ce genre d’alternative. Ce qui rendait mon geste d’autant plus dérisoire et d’autant moins excusable.
C’est vers cette époque que j’ai décidé de ne charger que des chanteurs interprètes dont j’étais sûr de ne pas faire la démarche d’acheter un de leurs disques.
Ainsi je jure n’avoir jamais téléchargé un seul disque de U2, de Noir Désir, de Mano Solo par exemple.
Celles et ceux qui atterrissaient dans mon disque dur, grâce au simple clic de ma souris étaient des artistes dont je n’aurais jamais déboursé sur eux un seul cents.
Pourtant, cette possibilité de pillage électronique a eu pour conséquence de m’ouvrir une porte culturelle sans précédent. Tout m’étant devenu accessible, j’ai abordé sans contrainte et sans entrave, un catalogue musical inépuisable. Un véritable tonneau des Danaïdes, allant de la chanson française aux catalogues étrangers, à ce qu’on n’appelait pas encore la Word Music. La musique contemporaine de Boulez et d’Olivier Messiaen, Genn Gould réinventant Bach, les mélopées andaises d’Yma Sumac, la voix de Lucienne Delyle interprétant L’amant de Saint-Jean.
C’est aussi cela la réalité du téléchargement. Nous sommes la première génération à avoir tout entendu, tout essayé, à avoir accepté de tout mettre sur le même plan, à avoir rendu préhistorique, les batailles de nos ainés qui opposaient le reggae au rock steady.
Parce qu’ 1 valant 1 et rien d’autre, nous avons soudainement dépassé les contingences affectives. Dès lors que nous étions face à une échelle de progression qui devait atteindre 100%, nous avons perdu notre âme et la passion qui allait avec.
100% pour atteindre le répertoire jaune dans lequel s’étaient déjà engouffrés, les autres éléments captifs de notre pêche miraculeuse.
Je me souviens qu’il y avait toujours, sur ces plateformes de téléchargements, la possibilité de chatter avec celles et ceux qui partageaient leur contenu. On aurait pu simplement se faire un petit coucou, remercier Pompom67 de sa générosité, d’avoir en sa possession ce vieux titre de Gérard Palaprat que nous avions convoité pendant des semaines, lui dire à bientôt, partager avec lui la joie d’avoir échangé un morceau contre un autre.
Non. Nous étions comme au bordel, au sex-shop de la rue Saint-Denis, au back-room de l’Univers Gym, nous n’étions plus là pour deviser avec l’autre, pour échanger les expériences qui, quinze ans plutôt, nous auraient rendus inénarrables et enthousiastes.
Nous étions là pour prendre mécaniquement un petit plaisir rapide proportionnel, au temps qu’allait prendre le téléchargement de Truc ou de Machin. A la différence prêt que nous pouvions avoir jusqu’à 15 coïts simultanés par rapport aux endroits cités précédemment !
Et puis, la technologie aidant, ce qui était bon pour le MP3, le fut à son tour pour les jeux et le cinéma.
Là aussi, il faut avouer que ce fut une ouverture sans précédant pour tous les cinéphiles à des perles rares, dont très peu avaient eu jusqu’ici accès et qu’on ne rencontre malheureusement pas à la location du vidéoclub 2000 en bas de chez soi ! Mais ceci excuse-t-il pour autant cela ?
Là aussi, je me suis servi copieusement...
Tout ça pour dire qu’au fond, ce qui arrive aujourd’hui, personnellement je m’en tape.
De la même manière que tout cela a été rendu possible quelque part dans le temps.
Je suis profondément désolé pour ces jeunes qui ont aujourd’hui 18 ans et qui n’ont connu que cette forme d’appropriation et qui ne comprennent pas qu’on leur confisque aujourd’hui le seul mode culturel qui a été jusqu’ici le leur.
Pour tous les autres, celles et ceux qui comme moi ont la jeune quarantaine, je leur dis que c’est bon. Que leurs circonvolutions intellectuelles avec lesquelles ils bâtissent des argumentaires foireux qu’ils essaient de défendre avec des justifications macro-économiques libérales très approximatives, me font marrer. Ils ne sont surtout ni des victimes, ni à plaindre.
La Loi Hadopi est une législation assez conne, j’en conviens.
Mais n’attendez pas de moi que je repeigne mon blog en noir, que j’aille brandir des artichauts avec vous ou que je signe le nouveau manifeste des 343 salopes qui osent emprunter à l’histoire contemporaine un symbole qui était à l’époque beaucoup plus révolutionnaire, beaucoup plus transgressif où de véritables intellectuels descendaient dans la rue pour se battre pour des enjeux de libertés bien plus grands, qui en valaient la peine.
JPB
13:25 Publié dans 07 Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hadopi, téléchargement, voguhaleine, blog politique
03.05.2009
Abus de langage
François Bayrou a écrit un livre que beaucoup d’observateurs rapprochent du coup d’état permanent qu’avait jadis écrit Mitterrand contre de Gaulle.
Cette comparaison n’est pas inoffensive car elle induit en creux, une seconde comparaison : celle du général avec Nicolas Sarkozy. Mais, là, franchement je ne comprends pas ce qui pourrait rapprocher le destin de Sarkozy et du général de Gaulle ?
L’Express fait un dossier sur François Bayrou et titre, l’homme qui défie Sarkozy. Ce titre est révélateur en l’espèce du climat politique dans lequel se trouve la France aujourd’hui.
Si ce qu’affirme l’hebdomadaire est juste, cela signifie qu’il n’y aurait aucun autre véritable opposant contre l’actuel Chef de l’Etat que François Bayrou lui-même ; ou bien qu’il n’y aurait qu’un seul homme capable de s’élever contre la dérive autocratique manifeste du président français et de le clamer haut et fort, dont François Bayrou en serait encore le héraut.
Le président du MODEM n’a plus le temps de faire dans la dentelle: à trois ans des présidentielles et à quelques semaines des européennes, il faut faire vite et taper fort.
J’ai passé en revue les différents accueils journalistiques réservés à ce pamphlet qui trouve toute sa substance et sa justification dans les nombreuses attaques frontales que son auteur réserve à cet ennemi déclaré. J’ai été surpris de la bienveillance étonnante d'un Jean-Michel Apathie qui dans son face à face matinal sur RTL à très peu argumenté et a laissé Bayrou s’exprimer pleinement sans trop l’interrompre.
En règle générale, ce livre qu’on sent poindre comme un tournant de dureté dans l’image de l’opposant du président du MODEM au Chef de l’Etat, soulève des nouveaux questionnements. Notamment, le passé ministériel de François Bayrou et son parcours politique auprès d’hommes et de femmes qui étaient ses amis politiques et qui ces prochaines semaines vont sonner la charge contre lui.
La mémoire journalistique est salutaire pour nous en rappeler les épisodes passés.
Et même si François Bayrou accumule pages après pages les preuves que tout ce qu’incarne l’actuel Chef de l’Etat est diamétralement opposé de sa conception du monde et de la politique qu’il compterait mener s’il était à sa place ; Il y a tout de même deux ou trois choses qui rapprochent nos deux hommes : Ils ont grandi politiquement à droite à la même époque. Et sont les seuls survivants du clan des rénovateurs que Chirac s’était juré de pulvériser. "Il ne voit pas les autres et ne les comprend pas, écrit François Bayrou. Sa clef, c'est qu'il veut montrer qu'il est plus fort que les autres. Il veut que l'on sache qu'il est le puissant."
JPB
22:09 Publié dans 05 MODEM | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : abud de pouvoir, modem, françois bayrou, blogpolitique, voguehaleine, sarkozy










